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ROUEN, VILLE D'ART ET D'HISTOIRE |
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Lecture d'une ville
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LES RESSOURCES DU PATRIMOINE DE ROUEN
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Lire une ville, c'est interpréter un paysage urbain, des données statistiques ou factuelles, qui permettent de comprendre, à partir de ce que l'on voit, quelles sont les structures d'une ville, comment y est organisé l'espace, quelles sont les dynamiques urbaines. Cette approche plutôt géographique, historique et architecturale peut être complétée par une lecture artistique ou littéraire de la ville. La démarche proposée ici est de partir de ce que l'on voit du panorama de la côte sainte Catherine afin de retrouver les structures principales de la ville dans le domaine géomorphologique et architectural et d'en chercher les explications dans l'histoire du développement urbain. Cela permettra de distinguer différents quartiers, caractérisés par leur topographie, leur type d'habitat, leur histoire.
LECTURE GEOMORPHOLOGIQUE
Photo : Annie et Jean Braunstein
On distingue au premier plan la côte Sainte Catherine, c'est à dire l'extrémité du plateau Est, plateau crayeux culminant à 160 mètres, alors que la Seine est à 5 mètres : la dénivellation est d'environ 150 mètres. Les plateaux à l'arrière plan sont ceux de Canteleu, Mont Saint Aignan et Bois Guillaume, c'est à dire les rebord des plateaux Ouest et Nord. La ville apparaît ainsi entourées de plateaux.
La Seine se trouve à gauche de l'image et est relativement large à cet endroit. Elle est cependant canalisée et franchie par des ponts :c'est un fleuve remodelé par l'homme. Le fait naturel notable est la remontée de la marée jusqu'à Rouen et l'altitude de 5 mètres à 120 km de la mer, ce qui a pour conséquences la formation de méandres et le risque d'envasement : les méandres allongent le parcours vers la mer et l'envasement menace la pérennité du port; par contre, la marée constitue un atout décisif, surtout au temps de la marine à voile.
Au centre, un vaste espace dégagé, qui correspond à une terrasse alluviale, entre 10 et 50 mètres d'altitude, hors d'atteinte des inondations : c'est un bon site pour établir une ville. La surface importante de ce dégagement au pied des plateaux est dû à la présence de deux vallées, la vallée du Cailly et celle du Robec.
Les pentes sont relativement raides : la dénivellation atteint 150 mètres au droit de la côte Sainte Catherine et une centaine de mètres entre le fond de la cuvette rouennaise et les plateaux nord : c'est un des inconvénients du site de Rouen.
La vue depuis Canteleu permet de bien voir le creux constitué par la vallée du Robec, entre la côte Sainte Catherine à droite et les pentes du plateau nord à gauche.
Un autre point de vue, vers la rive gauche
Photo : Annie et Jean Braunstein
On voit ici la courbe du méandre, qui oppose la rive concave, sur la rive droite, où la place est mesurée, à la rive convexe, qu'on peut voir sur la photo, où l'espace est vaste, mais a longtemps été marécageux à proximité de la Seine, interdisant une expansion urbaine analogue à celle de la rive droite. Le tracé de la Seine a été modifié au cours des âges, l'île Lacroix correspondait au début du 20ème siècle à deux îles.
LECTURE ARCHITECTURALE
Le deuxième niveau de lecture peut être l'analyse de la structure urbaine telle qu'on la voit. On pourra à partir de là construire l'histoire du paysage urbain.
L'aspect général de la ville est celui d'une urbanisation très dense au centre, avec des pentes en grande partie non bâties et couvertes de bois, et un vaste dégagement non bâti en bord de Seine.
Le centre ville est le plus densément peuplé et présente deux aspects, des immeubles très serrés autour de la cathédrale, Saint Maclou et Saint Ouen, la place du Vieux Marché
Photo : Annie et Jean Braunstein
Cette vue de Saint Ouen et du quartier alentour, prise de la côte Saint Catherine permet de préparer la lecture d'un quartier.
Au premier plan, des immeubles de la reconstruction ( quartier Martainville ) et les immeubles de brique de la place Saint Marc. Derrière, on peut distinguer l'Hôtel de Ville et ses jardins. Sur la gauche, le musée des Beaux Arts et le musée Le Secq des Tournelles. En arrière, un habitat moins dense correspondant aux côteaux nord, puis des espaces boisés, autour d'un habitat plus lâche, et au dernier plan, les grands ensembles des Hauts de Rouen.
D'un autre point de vue, le sommet de la Tour des Archives, on peut observer un autre aspect du centre ville.
Photo : Annie et Jean Braunstein
Les immeubles sont moins serrés et le plan de la ville est régulier.
Les pentes présentent un habitat moins dense, avec une majorité de maisons, souvent en briques et avec des jardins, et quelques petits immeubles. Certaines maisons sont en ensembles, le plus souvent en briques et plus ou moins identiques, Ce type d'habitat en maisons de ville est cependant plus répandu rive gauche que sur les pentes de la rive droite.
Photo : Annie et Jean Braunstein
Sur les plateaux ce qui apparaît au premier abord, ce sont les immeubles assez hauts, discontinus et de construction récente. On les trouve sur les plateaux Nord ( la Grand Mare) ou Ouest ( Canteleu, Mont Saint Aignan )
Photo : Annie et Jean Braunstein
On ne voit pas du panorama les autres types d'habitat des plateaux, maisons de type pavillonnaire en ensembles ou maisons de brique plus typiques de la région.
Les espaces proches de la Seine sont occupés par les quais hauts et les quais bas, destinés à la voirie ou au trafic portuaire.
Photo : Annie et Jean Braunstein
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UNE VILLE DIVISEE EN QUARTIERS
Cette lecture architecturale peut déboucher sur une lecture urbanistique : la répartition des types d'habitat permet d'individualiser des quartiers, selon la prédominance des maisons sur les immeubles collectifs, l'importance des espaces verts, l'orientation, l'ancienneté du bâti, les modes ( quartiers anciens recherchés aujourd'hui, délaissés il y a 40 ans ), les activités économiques. On peut alors croiser toutes ces données pour construire une typologie urbaine.
Quelles données ?
Densité forte Densité faible, espaces peu bâtis Densité moyenne, présence d'espace libres industriels ou terrains vagues Densité moyenne, présence d'espace libres, espaces verts ou jardins Activités économiques Type d'habitat : maisons en ensembles Type d'habitat :villas avec jardins Type d'habitat : maisons et immeubles, densité moyenne Type d'habitat : immeubles HLM Type d'habitat : immeubles anciens Type d'habitat : immeubles récents Orientation Nord Autres orientations Quartiers anciens Quartiers reconstruits après la guerre Quartiers bâtis dans les années 60-70
On pourrait trouver ces données sur un système d'information géographique (SIG) et l'utiliser pour créer des cartes et les superposer ; cela permettrait d'individualiser des quartiers en fonction de ces critères. En l'absence de cet outil, on peut se contenter de construire un tableau, ou d'utiliser les quartiers délimités par la Ville pour les conseils de quartier : voir les statistiques par quartiers
L'utilisation de ces statistiques permet de préparer une lecture des quartiers. On peut la reporter sur la vue du panorama de Rouen.
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LES RESSOURCES DU PATRIMOINE DE ROUEN
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LECTURE HISTORIQUE
Les paysages visibles aujourd'hui sont le résultat d'un long processus historique, dans lequel le présent masque les structures du passé.
Les quartiers de la seconde partie du 20ème siècle Ce sont les quartiers de la reconstruction, les grands ensembles d'immeubles construits sur les plateaux, en particulier ceux des Hauts de Rouen, les ensembles pavillonnaires non visibles du panorama et les infrastructures industrielles et portuaires, ainsi que la voirie.
L'urbanisation des plateaux s'est imposée dans les années 50-60 pour faire face à la crise du logement née des destructions de la Seconde Guerre mondiale et du baby boom. On la retrouve dans toutes les grandes villes françaises. A Rouen, cette urbanisation s'est faite comme ailleurs dans l'urgence. On a abouti à une coupure entre ces nouveaux quartiers et le centre ville, qui s'est ajoutée à la coupure entre les deux rives et à la coupure entre la ville et le fleuve. Les années 70-80 ont vu à Rouen comme ailleurs une dégradation des conditions d'habitat, liée à la crise économique et au chômage, mais aussi au départ d'une partie de la population pour des logements individuels périurbains. L'enjeu des années à venir est la redynamisation de ces espaces, à travers la création de zones franches urbaines et l'activation du grand projet de ville.
Les quartiers situés de part et d'autre du fleuve sont les quartiers de la reconstruction : cette partie de la ville a été détruite en 1940 puis en 1944 et le choix fait dès le projet Greber pendant la guerre a été de conserver la trame viaire, mais de tout raser pour reconstruire de façon homogène. De plus, il a été choisi de rehausser les quais, coupant ainsi la ville du fleuve afin de favoriser la circulation portuaire et automobile. Les quartiers récents ne sont pas tous nés des destructions de la guerre, un certain nombre d'opérations ont été réalisées après, par exemple le « front de Seine » ou les « Jardins de l'Hôtel de Ville ».
La marque du 19ème siècle
La révolution industrielle a profondément marqué le paysage urbain : les usines se sont installées dans les faubourgs, en particulier sur la rive gauche et autour du port, des cités ouvrières ont été bâties près des usines : elles sont aisément reconnaissables. Des opérations d'urbanisme ont été menées : percement de la rue de la République, de la rue Jeanne d'Arc et de la rue Thiers, avec destruction de quartiers anciens, d'églises, afin de réaliser une percée régulière. Un vaste projet concernait le quartier Martainville, qu'il s'agissait d « assainir » ; une partie seulement sera réalisée, faute d'argent, ce qui sauvera la rue Damiette et la rue Martainville, promises à la démolition. La partie réalisée est faite d'immeubles de brique, comme ceux de la place Saint Marc.
Du Moyen Âge à la Révolution
Pour mieux suivre cette partie, on pourra consulter le site suivant http://www.rouen-histoire.com/plan/
Du Moyen Âge à la révolution, la ville est serrée dans ses remparts et se développe essentiellement rive droite. Il reste aujourd'hui de nombreuses traces de cette époque. La datation en est relativement facile, car on a interdit en 1520 les constructions en encorbellement pour éviter les incendies. La plupart des maisons à pan de bois de Rouen ne sont donc pas médiévales mais Renaissance ou classiques. La marque médiévale se traduit par l'importance des églises dans le paysage urbain : elles sont presque toutes du Moyen Âge. D'architecture médiévale, mais au décor Renaissance, le Palais de Justice, siège du Parlement de Normandie, marque la fonction de commandement de Rouen depuis des siècles.
Les étapes successives de l'aménagement urbain correspondent aux élargissements de l'enceinte des remparts :
Et avant le Moyen Âge ?
Si l'on poursuit notre « retour aux sources » de la ville jusqu'à l'Antiquité, on trouvera peu de traces aujourd'hui de cette époque dans le paysage urbain, tout au plus un souvenir du parcellaire orthogonal des villes romaines. Grâce aux recherches des archéologues de la deuxième moitié du 20ème siècle, les monuments antiques qui ont pu être reconnus sont l'ensemble archiépiscopal, constitué de deux basiliques sous la cathédrale actuelle, l'amphithéâtre, localisé à l'extrême Ouest de la ville, sous l'ancien château Bouvreuil, les thermes publics, jouxtant des bâtiments à usage commercial entre les rues Socrate et Saint Lô, un mausolée monumental fouillé rue des Fossés Louis VIII.
On fera un grand effort d'imagination pour évoquer nos lointains ancêtres de 900 avant JC partant pêcher dans la Seine à bord d'une pirogue de bois, ou bien chassant le renne dans l'actuelle rue Jeanne d'Arc, il y a 9000 ans.
LECTURE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE
On peut lire le paysage urbain de façon littéraire ou artistique, en suivant par exemple les descriptions du paysage urbain dans Madame Bovary ou dans Bel Ami, ou en partant de tableaux représentant la ville, nombreux au Musée des Beaux Arts.
CONCLUSION La lecture de la ville de Rouen peut servir de base à la lecture de toute ville en France et peut donner lieu ensuite à des comparaisons avec des villes d'autres pays, dans le cadre des programmes de géographie, par exemple. Cette méthode d'analyse à partir d'une lecture architecturale et historique peut être réalisée dans toutes les villes. On peut aussi choisir d'insister davantage sur les aspects géographiques ou littéraires et artistiques selon les cas.
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Pôle patrimoine et tourisme de la ville de Rouen Téléphone : 02 32 08 31 01 Télécopie : 02 35 89 25 61
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Webmaster et photos : Jean Braunstein, professeur chargé sur service éducatif |
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